lundi 11 mars 2013

Le désir


"On peut résister à tout, sauf à la tentation" – Oscar Wilde

Il y avait un moment déjà que je me contentais des parfums fanés d'idylles oubliées. Je m'attendrissais sur une courbe, sur la pointe d'un sein tentant de se libérer sous l'étoffe, sur un cul trop jeune pour que j'y pose la main, sur des lèvres invitantes, sur des promesses d'ivrognes en provenance de femmes qui m'avaient connu plus libertin.

J'étais devenu sage.

Le train-train quotidien, le couple, les responsabilités, le temps qui vient toujours à manquer, la fatigue du soir, les soirées passées à tenter de faire semblant, le tout suivi par l'oubli. J'avais oublié que j'avais un sexe entre les jambes, un sexe qui savait comment donner du plaisir, une bouche, des doigts...

J'ai redécouvert la tentation. Le baiser volé en cachette, l'ivresse qui fait perdre la tête, les passions voilées finalement découvertes, les complicités qui promettent tant et les craintes de décevoir. J'ai cru, un instant, renaître.

J'avais pris du poids, avait gagné du sel dans ma barbe noire, n'avait plus le souffle d'antan. Bien sûr je bandais toujours, mais avais-je vraiment envie d'offrir ce corps dénudé?

Oui, bien sûr que oui. Ma crainte n'était que de ne pas connaître de seconde occasion.

Et puis, ce regain d'intérêt n'était pas né de nulle part, mais bien d'une situation, d'une amitié qui avait revêtu les traits d'une tendresse avant de se dévêtir et devenir une obsession.

Le désir était né.

Le désir, c'est une force insidieuse, qui nous prend doucement. Elle s'y connait en préliminaires. Tout d'abord, elle m'a fait rêver de lèvres, d'un baiser. Puis, m'ayant mené (alors malgré moi, bien que j'aie été consentant) jusqu'à celui-ci, elle me tenta d'une nudité. Cette même nudité qui hante, particulièrement entrevue. Même flambants nus, il me vient des envies de découvrir davantage.

Le désir s'alimente d'impossibilités. Il carbure à la contrainte. Il ne faut pas, on ne devrait pas, et si? Le désir ne fait que grandir.

Puis, un jour, on va un peu trop loin. On se retrouve le désir à découvert, offert à tous, ou à certains. 

Il y a toujours des gens pour voir le désir où il n'est pas et à se poser des œillères pour croire qu'il n'est pas où il s'affiche. Mais là, si tout le monde y croit, s'il est problématique, si certains sont convaincus... à quoi bon lutter?

Du moment où cette réflexion s'est fabriqué un nid dans ma tête, elle n'a cessé de le rendre douillet. Je me suis mis à imaginer. 

D'abord les circonstances, puis un baiser. Puis, comment provoquer en faisant semblant, puis une caresse. Puis, comment passer aux actes, puis une cavalcade. Puis, comment convaincre une femme qui ne veut pas être convaincue? Et là, là mes genoux se sont mis à fléchir.

Durant quelques jours, mon esprit est passé de ses lèvres à ses lèvres. De ses cuisses à ses seins. Je la pénétrais en missionnaire pour lui voir le visage, en levrette pour lui voir les reins. Je la baisais assis, alors qu'elle me faisait face, simplement pour sentir sa poitrine sur la mienne, je l'imaginais me chevauchant pour qu'elle fasse de moi sa chose. Je l'ai imaginée debout, dans la douche. Je l'ai vue couchée, sexe ouvert, luisant, m'implorant de venir jusqu'à elle et moi, debout, la contemplant, n'y croyant guère.

Je me suis mis à la sentir dans mon ventre. C'est là que je me suis dit que c'était assez. 

Après tout, elle le voulait tout autant que moi.

Alors, un soir où nous étions dans une sortie commune, un truc rempli d'étranger, de connaissances qu'on voudrait oublier, elle est partie. Puis, dix minutes plus tard, j'ai quitté à mon tour. Deux taxis différents nous menaient au même endroit.

J'ai passé la porte, elle m'a fait un sourire gêné.

Je l'ai embrassé. Nous avons dégénéré.

Et je n'ai eu qu'un désir, avant même de la dévêtir : 

recommencer.

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