lundi 11 mars 2013

Dieu et le désir


Entends le chant blessé qui monte des outrages
Entends le synonyme où se croit la vertu
Entends le vice inquiet quand tu tournes la page
Entends Dieu qui se touche au Paradis perdu
Ferré – Métamec

Et Dieu créa l'homme, à son image. Un homme libidineux, désireux de jouir, de toucher, de sentir. Est-ce une surprise? Dieu est un pervers : sinon pourquoi l'omniprésence? Qui n'a rêvé de voir ce qu'il ne peut? Qui n'a rêvé de ces douches inconnues, de ces effeuillages qui n'ont été? Qui ne s'est demandé "à quoi elle peut ressembler?". Et au-delà de la chair visible, cette chair que l'on désire découvrir, que l'on veut explorer...

Dieu et le désir, quel sujet.

" Entends le chant blessé qui monte des outrages"

Un outrage parmi tant d'autres : l'indifférence.

Que de cris sont nés de cette impuissance. Que de désir refoulé sont devenus folies, manies, indifférences. L'outrage au désir est le refoulement, l'arrêt, le refus ou pire : la pudeur. Il n'y a pas de pudeur raisonnable là où le désir s'exprime sainement. Quand est-il sain? Lorsqu'il existe. Le désir est chose d'avenir, la poussée qui nous mène à l'étape suivante, au prochain rendez-vous, au prochain défi imaginaire.

L'outrage, c'est celui fait à la pudeur, aux bonnes mœurs. L'outrage, c'est la jouissance, le cri, le chant de deux êtres confondus en une blessure sonore, indéchiffrable parce que féérique, unique, éphémère...

" Entends le synonyme où se croit la vertu"

Mariage. Couple. Procréation. Génération. On oublie le plaisir. La vertu l'excuse des corps faibles. C'est l'obligation où se réfugie le sexe qui est tenté. Il brûle. Il veut. Pourquoi lui refuser? Dans une sexualité balisée, l'excuse est là pour réconforter, pour valider certaines valeurs inculquées, mais fausses. Baiser, il faut baiser, juter, exploser, jouir.

Jouir, parce que c'est bon. Aussi simple que ça.

"Entends le vice inquiet quand tu tournes la page"

Et lorsqu'on se fait une raison (aussi futile soit-elle)... on tourne la page sur ce qui pourrait être. On s'interdit des cris, des frissons, des caresses pourtant attendues, désirées. Le vice se perd dans la morale, mais...


"Ce qu'il y a d'embêtant avec la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres"
Ferré
"Entends Dieu qui se touche au Paradis perdu "

Dieu se touche, en te voyant. Il t'imagine nue, il te voit nue, il te sait nue et se touche. Pourquoi se touche-t-il? Parce qu'il le peut. Parce que je suis à son image. Parce qu'il s'est perdu, tout comme je me suis perdu, aux Paradis qui n'en sont pas. Le Paradis perdu, c'est le grand oublié des idéaux. 

Je suis, tu es, soyons. Rien de plus, sinon des mensonges camouflés.

Et aujourd'hui, je cesse de me cacher.

Je suis, nu.

Tu seras, nue.

Nous serons, nus.

Nous serons.

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