lundi 6 mai 2013

La fouille



Je sortais à peine de la douche, une serviette me servait de robe, quand il m’a prise et m’a retournée. Il était brutal et, pour ne pas me fracasser le nez, je n’ai eu le temps que de mettre mes mains devant moi sur le mur.

- Ne bouge pas, m’a-t-il dit.

Ma serviette est tombée, j’étais complètement nue, à sa merci. D’une main il m’a fait écarter les jambes, alors que de l’autre il me prenait un sein. Puis, il m’a tâté l’autre, puis le ventre, les cuisses, m’a écarté les fesses. Je sentais son souffle sur ma nuque. Il a plaqué son corps contre le mien. Ses mains se promenaient, mais ne s’arrêtaient pas. Ce n’était pas des caresses, mais une fouille en règle.

- Tu vas jouir, debout, et je t’interdis de bouger. Tu peux gémir, crier, mais ne décolle pas tes mains du mur.

Il m’a enfoncé un doigt.

- Tu mouilles déjà, m’a-t-il annoncé à l’oreille.

Comme si je ne le savais pas.

Son souffle est descendu le long de mon dos et s’est arrêté devant mes fesses. J’ai reculé le bassin, par réflexe. Puis, je me suis cambrée, sous la surprise. Sa langue était déjà là, entre mes lèvres, sur mon clitoris. J’ai gémi, bien malgré moi. Il s’est arrêté, m’a enfoncé deux doigts, profondément, puis sa langue s’est mise à s’activer. Il me fouillait de sa main, tantôt de deux, tantôt de trois doigts. Il allait, venait, me baisait de ses mains et sa langue n’était pas en reste.

La jouissance montait, instinctivement je resserrais les jambes pour mieux la capturer, mais à chaque tentative il s’arrêtait et me répétait : “ne bouge pas”. Lorsque j’obtempérais, il continuait.

Le manège a duré un temps, peut-être cinq minutes, peut-être une heure. Je ne me pouvais plus, l’orgasme à venir prenait de l’ampleur, je le sentais dans mon ventre, dans ma poitrine, dans ma difficulté à rester debout.

Puis, il s’est mis à me baiser de plus en plus fort, toujours de sa main. Ses lèvres aspiraient mon clitoris et il le mordillait de ses dents. Ça ne faisait pas mal. Ça faisait mal. Je n’en savais plus. Il a dû sentir que j’allais jouir, parce que lorsque j’ai commencé à crier, je l’ai senti en moi. Sa queue était en moi, me fouillait à son tour. Ses hanches claquaient contre mes fesses. Sa queue buttait en moi, au fond, dans mon vente. Mes seins battaient le rythme et mes ongles grattaient le mur. Je convulsais, jouissais, orgasmais et ça n’arrêtait plus parce qu’il me besognait, me fouillait à fond.

Et il a jouit, il a gémit lui aussi. Il s’est retiré et s’est laissé glisser par terre. Il ne me tenait plus, n’avait plus d’emprise sur moi.

Et c’était à mon tour de lui en faire baver.

Je l’ai forcé à s’étendre et je l’ai pris dans ma bouche. Il a tenté de me repousser - c’est trop sensible, qu’il m’a dit - mais je ne l’ai pas écouté. Je l’ai sucé jusqu’à ce qu’il jouisse de nouveau. Il gémissait, me suppliait d’arrêter, mais j’ai continué.

En prenant un verre, quelques heures plus tard, je lui ai lancé :

- Il nous faudrait de menottes.

dimanche 14 avril 2013

Le sevrage


  • -          Matthew?
    -          Je passe.
    -          Jeremy?
    -          Passe.
    -          Élodie?
    -          Passe.
    -          Judith?
    -          Ok, j’y vais.
    -          On t’écoute Judith.
    -          Mon nom est Judith et je suis en sevrage.
    -          BONJOUR JUDITH.
    -          Voilà un mois, j’ai rencontré… un homme. Nous avons été au restaurant, nous avons pris un verre de trop et, comme il se doit, nous avons été au lit et croyez-moi, ce fut la nuit d’une vie. Du moins c’est ce que je croyais, jusqu’au lendemain matin, où il m’a offert le matin d’une vie, puis l’après-midi d’une vie, puis une deuxième soirée, encore meilleure que la première. Nous n’avons pas arrêté, deux semaines durant. Tous les jours, trois, quatre, cinq, voire six fois par jour. J’avais la peau irritée, les muqueuses à vif, la langue engourdie, des courbatures où je ne croyais pas qu’il était possible d’en avoir, mais j’étais heureuse. Jamais de ma vie je n’avais été aussi heureuse. Mon bonheur était collant, odorant, mais sans équivalent. Jamais je n’avais autant joui. Et j’en redemandais, encore et encore. Il était inépuisable. Sa queue était inépuisable. Elle était droite, ferme, bonne dans ma main, ma bouche, mon ventre… partout où elle s’insérait en moi. Je fusionnais nos corps dans une euphorie inconnue… j’ai… j’ai…
    -          Tu peux continuer Judith, personne ici ne te juge.
    -          J’ai fait des choses, des choses que je n’avais jamais voulu faire. Et j’ai aimé ça. J’ai aimé avoir mal. J’ai aimé violer les règles que j’avais apprises plus jeune. J’ai offert tout ce que je pouvais abandonner. Il pouvait faire de moi ce qu’il voulait: je lui appartenais. Malheureusement, la vie étant ce qu’elle est, nous avons dû nous séparer, un jour, un jour seulement. Il devait faire quelque chose, la chose important peu. Je suis restée chez moi, seule, et je n’ai pas pu résister. Je me suis masturbée. Masturbée comme je ne l’avais jamais fait. Je me suis inséré un vibrateur, en plus d’un doigt… et ma main entière s’est activée. Je me suis courbée, ai vibré, ai joui, mais ce n’était pas encore ça. J’ai eu peur. Et s’il ne revenait pas? Et si je ne connaissais plus jamais cet abandon? Il est revenu et ce soir-là je lui ai laissé me faire ce que je n’avais jamais osé. Et j’ai joui, enfin, comme je crois que toute femme devrait jouir. J’en avais sur les seins, dans le dos, dans le cul, entre les lèvres, dans les cheveux, sur mon visage. C’était visqueux, sec, selon. On a continué durant une semaine. Mes vacances y sont passées. J’ai même dû prendre quelques jours à mes frais. Puis, il est parti. Sans raison, comme ça, il est parti. Est-ce parce que je lui avais tout donné? Est-ce parce qu’il n’y avait rien de nouveau à faire? Est-ce qu’il s’est lassé de nos ébats? Je ne sais pas, mais c’est à ce moment que j’ai commencé à souffrir. J’avais du mal à dormir, ne pensant qu’à ce qui n’était plus. J’avais du mal à travailler, ne pensant qu’à ça. Je n’osais plus me toucher, sachant que je ne pouvais être assouvie. Peu à peu, la folie s’est imposée. Je suis devenue folle… jusqu’à ce que j’abdique et vienne ici…
    -          Merci Judith pour ton témoignage. On reprend ça demain. Merci à tous.

    Épuisé, je souris tant que je peux, le temps que le groupe se disperse. J’en avais marre, étais écœuré par ces histoires de cul. Certains jours, l’abstinence me tente, par dérision. Cinq minutes de plus et je m’émasculais volontairement. Dire qu’il y a des gens qui ont des vrais problèmes et moi, moi j’ai hérité de ça. Je l’ai voulu, c’est vrai, mais est-ce qu’on peut vraiment cracher sur un job, à cette époque?

    Les couloirs sont longs, les sourires forcés. Pourquoi laissent-ils les « visiteurs » circuler dans les espaces communs? Pourquoi ne les enferment-ils pas? Pourquoi je dois supporter ça?

    Je passe devant le bureau central. Quelques infirmières y sont, je salue Annie, que je n’ai pas vue depuis longtemps, lui demande si elle veut prendre un café. Elle a un truc à faire, mais va me rejoindre à mon bureau.

    Je continue mon chemin, suis interrompu par un obsédé qui n’arrive pas à se faire à l’idée qu’il n’aura plus jamais une fellation comme celle-là, quelle qu’elle soit.

    Le soleil d’après-midi se faufile entre les lattes des persiennes et éclaire mon bureau d’une lumière chatoyante. Annie entre, pose une filière sur une chaise, ouvre sa blouse. Elle ne porte pas de petite culotte la vilaine. Elle geint lorsque je l’enfile.

    -          J’en ai eu envie toute la journée.
    -          Je n’en pouvais plus d’attendre. 
     

vendredi 5 avril 2013

Les feux artificiels


Je me demande si quelqu'un pourrait voir la chambre. Sans doute qu'avec de très bonnes jumelles ou un télescope ce serait possible, mais encore, il y a les questions d'angle, de luminosité, de réflexion des fenêtres et de savoir où chercher. Il faudrait vraiment être un malade pour y arriver.

Je décide de ne pas y penser.

Parce qu'il y a mieux à faire, elle sort de la salle de bain. Elle a les cheveux humides, son visage porte encore quelques traces de maquillage. Ce n'était pas une remise en beauté, c'était un rafraichissement.

- Ne me regarde pas comme ça.
- Comment?
- Comme ça, je suis laide.
- Tellement pas.
- Mes cheveux sont horribles.
- Je n'aurai pas peur de te dépeigner.
- J'ai du mascara partout sous les yeux.
- J'aime le négligé, ça sent la hâte.

Elle rougit. En fait, dans la pénombre je devine qu'elle rougie, ce sont ses gestes qui la trahissent, pas ses joues. Je suis appuyé contre la fenêtre qui couvre le mur de la chambre. Elle s'avance vers moi, regarde derrière moi les lumières qui se perdent à la ligne d'horizon.

- C'est comme un feu d'artifice figé dans le temps.
- Jolie image.
- Et toi? Qu'est-ce que tu vois?
- Que toi.

C'est vrai, je n'ai pas détaché les yeux d'elle durant son approche. Je l'admire dans sa nuisette trop courte pour être décente, je m'attarde à ses seins qui pointent au travers d'une étoffe trop mince pour que mes mains soient perdantes en se posant sur elle, je souris.

- Pourquoi tu souris?
- Parce que tu marches en croisant les jambes.
- Et?
- Et c'est un joli spectacle. J'aime tes jambes.
- Et le reste?
- Et le reste.

Elle est à portée de main, je l'agrippe et nous faisant faire une pirouette à 180°, c'est maintenant elle qui est dos à la fenêtre et moi contre elle.

- Là, je l'imagine le feu d'artifice. J'entends les explosions à venir.

Elle pose une main sur mon jeans, à la hauteur de mon sexe qui ne demande qu'à en sortir. C'est à croire qu'elle sait lui parler à cet animal, parce qu'elle défait ma ceinture, le bouton, la fermeture éclair pour que sa main puisse s'enfoncer à la rencontre du désir.

- Tu me veux?
- D'après toi?

Ma réponse n'est pas la bonne. La bonne réponse m'aurait conduit en elle. J'y vais toujours, mais différemment. Elle s'est laissé glisser contre la fenêtre et me voilà les deux mains appuyées pour ne pas perdre l'équilibre. Étrange sensation que d'être pratiquement dans le vide et m'enfoncer dans le plaisir entre ses lèvres.

Ça dure un instant, puis elle remonte. J'attrape sa cuisse, la fixe derrière mon dos. S'il y a voyeur avec de bonnes jumelles en bas, s'il sait où regarder, si l'angle, la pénombre, les reflets ne lui posent pas de problème, il a une vue imprenable sur son sexe et ses fesses. Puis sur mon sexe qui la pénètre. 

La deuxième cuisse vient se ficher dans mon dos. Elle ne tient plus à rien, elle est dans le vide au-dessus d'une nuit qui se perd à l'horizon. Elle est accrochée à mon sexe, à mon corps tout entier qui pousse pour être en elle, le plus profondément possible, le plus intensément possible. 

Elle m'arrête.

- Tu sais quoi? Je sens que les feux d'artifice ne resteront pas immobiles.

lundi 1 avril 2013

Succomber à la tentation

"On peut résister à tout, sauf à la tentation" - Wilde

La tentation est à bout de lèvres, alors quoi de plus normal que de m'y être abandonné. Avais-je réellement le choix? Sommes-nous maîtres de nos pulsions? N'est-il pas normal de désirer, donc de posséder? Ne sommes-nous pas complices volontaires de cette société de consommation? La chair ne se consomme-t-elle pas comme le reste?

Chacune de ces questions est une réponse en soi. On n'y pense pas sur le fait, mais une fois que l'on a succombé la morale n'est que la fâcheuse habitude du regard extérieur.

Ces questions appellent pourtant une réponse, ne serait-ce parce que nous ne sommes jamais à l'abri de la tentation de récidive. Le fruit défendu, passé la première bouchée, ne perd en rien ses attraits, au contraire. Le goût se précise avec la redonne, sous le regard renouvelé la robe trouve de nouveaux reflets. L'objet du désir, défendu ou pas, gagne en volupté à la deuxième consommation, puis à la troisième et il n'est que la banalisation pour lui faire perdre tout intérêt.

Il faut donc combattre la banalisation, aussi nommée habitude.

Mais au lendemain d'avoir succombé, bien malheureux celui qui s'attarde à ces réflexions. Bien triste celui qui ne s'abandonne pas à la recherche de ce qui n'est plus. Le regret est pour les pauvres jouisseurs du dimanche. Les bons vivants, les exaltés, les hédonistes, les épicuriens cherchent, eux, à s'assurer de rien avoir oublié.

Quel était le parfum? Quel est l'ordre des gestes? Comment ai-je joui? Comment a-t-elle joui? Était-ce sobre ou voluptueux? Était-ce délirant ou ennuyant? Comment ai-je ressenti ce frisson sous la caresse? Quels étaient ses goûts? Ai-je regardé ses lèvres assez attentivement? Ai-je profité de son miel, de sa sueur, de ses mictions diverses? Ai-je fait tout ce que je pouvais faire? Ai-je donné ce que j'avais en moi? 

Ce questions restent, pour la plupart, sans réponse. D'où le renouveau de l'envie. 

Cette envie qui n'est plus originelle, mais acquise, grandissante. Cette envie qui veut connaître le bien, maintenant qu'elle a assumé le mal. Cette envie qui veut grandir, connaître ses limites, faire qui n'a été ET qui pourrait être. Cette envie qui fait parfois perdre la raison.

Mais la tentation gagne ses galons avec la patience, l'attente, l'anticipation. C'est dans l'imagination que se créent les fondations de la nouvelle expérience. On refait ce qui a été fait, on le parfait, on s'attarde aux faux pas, on contemple ses limites et on réfléchit à celles que l'on voudrait franchir. 

Au petit jour suivant l'abandon, on célèbre la tentation. On la remercie, le rouge aux joues. On lui fait une place de choix, on lui murmure des mots secrets. On voudrait le crier et c'est pourtant dans le silence qu'elle devient intenable. On désire que ce soit inhumain, difficile, voire douloureux. On veut plus, davantage, encore et encore.

On veut cette bouche, ce sexe, cette chair tout entière. On veut griffer, mordre, sucer, lécher, pénétrer, baiser cette peau qui nous hante.

Au lendemain de l'abandon, on ne souhaite qu'une chose : recommencer.

vendredi 29 mars 2013

L'ascenseur

Le jour où j'ai surpris Antoine faire une fellation à André dans les toilettes des hommes, j'ai décidé d'uriner à un autre étage. Ce genre de truc doit arriver partout, mais ça n'a pas à être devant mes yeux. La semaine précédente, encore, j'étais nu devant le même Antoine dans les douches d'un gym bien masculin. Je tiens à préciser que je n'ai rien contre l'homosexualité, simplement quelque chose contre le fait de me la faire imposer en pornographie. J'ai choisi l'étage du bas, pour l'éclairage de ses couloirs.

Je suis tombé nez à nez avec la secrétaire du bureau en coin. Elle m'a demandé si j'étais perdu, j'ai menti que nos urinoirs étaient bouchés. Il y a mieux comme dialogue d'introduction, mais c'est l'efficacité qui compte. Elle m'a offert d'appeler la conciergerie, je lui ai dit que j'avais toujours été curieux de pisser sur cet étage. Elle a ri. Elle m'a demandé de ne pas le faire sur le tapis.


Elle a un goût de pêche. C'est la première fois que je goûte ça. Après dix minutes, son odeur devient rance. C'est étrange comme chimie. Ses seins sont magnifiques et elle sait se servir d'une paire de lèvres. Rectification : des deux.

Antoine est rouge. Il est devant mon bureau en silence et se contente de rougir. 

- Je peux t'aider?
- En quelque sorte, oui.
- Comment?
- En gardant le silence.

Je me retourne vers mon écran et me remets à compiler des chiffres. Je l'entends se payer un anévrisme nerveux derrière moi, mais me contente de sourire. Le pouvoir a du bon. André succède à Antoine et n'est pas aussi sympathique.

- Si tu parles, je te tue.
- Whooo...
- Je te tue, te viole, te re-tue.
- Tu crois que c'est possible?
- J'ai de l'imagination.

Je retourne à mon écran, mais n'y mets pas beaucoup d'entrain. La mort a quelque chose de terrifiant, le viol aussi. L'ensemble est aussi effrayant que la perspective d'un coït interrompu. Particulièrement s'il est interrompu par une belle-mère qui arrive à l'improviste. J'imagine le pire, c'est toujours rassurant.


Son nom est Silène. Je répète : "Sirène?". Elle me corrige: Silène, avec un seul "l". Elle profite de mon air dubitatif pour essuyer son visage. J'en ai mis partout. Elle veut m'offrir son string. J'accepte, fais mine de le humer, le fous dans mes poches, le jette en sortant de la pièce. Je n'ai aucune fibre fétichiste.

- Et toi, tu suces Antoine?

André est tétanisé par ma question. Je l'ai posée par pure malice. Ok, la curiosité entre en ligne de compte. Je ne comprends pas tout à fait.

- Non, pas plus que toi.

Je n'ai jamais sucé Antoine, ça ne me viendrait pas à l'idée. Un clitoris oui, Antoine non. Il a réussi à m'y faire penser, je secoue nerveusement la tête. 

- Ça te dégoûte?


Silène m'assure qu'il n'y a rien de dégoûtant dans une fellation. Elle se propose de me le prouver sur le champ. Je refuse à regret. Je ne peux pas passer mon temps dans les toilettes de l'étage inférieur. Je ne peux surtout pas me faire voir en train de me faire sucer dans ces toilettes. Et je n'ose même pas imaginer Antoine ou André me surprenant jouissant. Même si c'était dans la bouche d'une femme.

L'ascenseur est étroit, trop étroit. Une affiche dit que nous pouvons être quinze dans la cabine. Nous sommes trois et à l'étroit. Je ferais n'importe quoi pour ne pas être coincé avec Antoine et André. 

C'est un hasard, je le sais, je l'espère.

La porte ouvre à l'étage inférieur. Silène entre.

André embrasse Silène sans subtilité, prend soin de bien sortir la langue avant de l'enfoncer dans la bouche de l'intéressée. Il y a un message à mon endroit. 

Silène me regarde, inquiète.

Leurs secrets sont en sécurité avec moi.

Antoine nous annonce qu'il a mal au cœur.

lundi 25 mars 2013

Sexto à naître


- Sois toi-même.
- C'est à dire?
- Aucune règle, aucune limite ou censure.
- T'es certaine que tu t'adresses à la bonne personne?
- Certaine.

Elle aurait été devant moi, je l'aurais sans doute prise par la taille, lui aurait effleuré le cou en prétextant une mèche égarée. Ma main aurait été au-dessus des fesses, pressante. Elle aurait senti une érection naissante, aurait souri, ses yeux se seraient mis à briller. J'aurais profité d'un meuble quelconque, ou alors d'un mur, et lui aurait fait sentir qu'à jouer avec le feu on s'enflamme et que les braises offrent un teint rosi à pâlir d'envie. Malheureusement, on a beau avoir inventé la vidéoconférence, on en est encore loi de tout ça lorsqu'on se texte. 

Le progrès a-t-il tué la spontanéité pour, enfin, ériger le préliminaire en système?

J'enfonce les écouteurs dans mes oreilles. C'est approprié. C'est Jay Jay Johansson. Keep It a secret.


What you said to me
What you did to me
What you wanted me to do
What you said last night
When you came up tight
What was I supposed to do

Ce n'est pas un accident. Ce n'est pas le hasard. On ne s'est pas rencontrés dans une bibliothèque, au coin de la rue ou embarrassés par l'ambiance de mort d'une buanderie en pliant nos sous-vêtements. On se connaissait, on s'est apprécié, on a résisté le temps de ne pas vouloir le regretter un jour. 

Pensez à cette histoire de la pelouse toujours plus verte chez le voisin. Une fois les barrières franchies, quel intérêt à regarder derrière? On s'y roule, on se vautre dans l'herbe, on en profite en espérant que le voisin ne rentre pas trop tôt. 

Le courage ne nous manque plus lorsqu'on est lancé.

Une autre chanson. Ferré. Jolie môme.


T'as qu'un' source
Au milieu
Qu'éclabousse
Du bon dieu
Jolie môme
T'as qu'un' porte
En voil' blanc
Que l'on pousse
En chantant
Jolie môme

Sans réserve, pour peu qu'un verre soit servi, aucun problème avec ça. Sans pudeur, j'en ai peu, voire pas. Sans limites...

Tiens, sans l'écouter je cite encore Ferré : "Ce qu'il y a d'embêtant avec la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres". Moi, mes limites je les connais. Je les ai vues, de loin, y'a longtemps. Je ne suis pas certain que je pourrais encore les reconnaître si elles se présentaient à moi.


- Bonjour, moi c'est Tes limites.
- Ah?!
- Tu me reconnais?
- Désolé...
- On s'est croisé, il y a longtemps...
- Chez X.?
- Ben non! Tu ne te souviens vraiment pas de moi? Tu m'as pourtant déshabillée, caressée, pénétrée, usée, souillée...
- Ton nom encore?
- Tes limites.
- Ah non, il doit y avoir erreur. Ça ne ressemble pas à mon souvenir...

Des limites? Pas ou peu. De la retenue? Ah ça oui...

Parce qu'il n'y a rien de plus embêtant que les limites de l'autre. Sans retenue, ça appelle à l'expérimentation, à l'exploration, aux fantasmes, y'a du cuir, des liens, des gadgets, des successions de positions...

Sans règles? Sauf celles que je me suis données, bien sûr.

Pourquoi les seules femmes que je baise comme des bêtes sont celles que je ne respecte pas? Pourquoi je n'éjacule que sur les femmes de passage? Pourquoi il ne m'est jamais venu à l'idée de sodomiser une femme que j'aimais? Pourquoi les autres peuvent être souillées, barbouillées, laissées pantelantes et que seules les femmes aimées ont droit au supplice de la normalité? Pourquoi est-il plus facile d'être obscène lorsqu'on apprécie et que la pornographie se perd avec l'amour? Est-il incompatible de baiser et aimer? Suis-je normal?

Sans censure... ça, ça me plait.

Je la texte.

- Ok pour la censure, elle ne sera pas là. Au pire, tes oreilles vont mouiller.
- Chiche.

Dire une obscénité à l'oreille, c'est le dire là où ça compte. Le chuchoter plutôt que le crier. Gueuler "j'te baiserais, là, maintenant" est vulgaire. Le glisser, comme un aveu, les lèvres effleurant les cheveux, à l'insu de ceux qui nous entourent... c'est ça le sexe oral.


"Ma langue s'ennuie de ta chatte"
"Mes lèvres s'ennuient de tes seins"
"Il me semble que mes doigts seraient au chaud en toi"
"Tu me permets de te baiser?"
"Tu me suces ou je te baise ou on y va avec une succession, dans l'ordre ou pas?"
"Je vais jouir, tu vas me sucer pour me ranimer et je vais recommencer"
"Il est à quelle hauteur ton comptoir?"
"Tu viens dans la ruelle, un instant?"
"Tu vas t'étendre, te caresser et je vais te rejoindre quand je n'en pourrai plus"

L'impératif a du bon. Il faut être bref, imagé. Mais par-dessus tout, il faut en avoir envie.

- Quand?
- Quand tu veux ;)