Le jour où j'ai surpris Antoine faire une fellation à André
dans les toilettes des hommes, j'ai décidé d'uriner à un autre étage. Ce genre
de truc doit arriver partout, mais ça n'a pas à être devant mes yeux. La
semaine précédente, encore, j'étais nu devant le même Antoine dans les douches
d'un gym bien masculin. Je tiens à préciser que je n'ai rien contre
l'homosexualité, simplement quelque chose contre le fait de me la faire imposer
en pornographie. J'ai choisi l'étage du bas, pour l'éclairage de ses couloirs.
Je suis tombé nez à nez avec la secrétaire du bureau en coin.
Elle m'a demandé si j'étais perdu, j'ai menti que nos urinoirs étaient bouchés.
Il y a mieux comme dialogue d'introduction, mais c'est l'efficacité qui compte.
Elle m'a offert d'appeler la conciergerie, je lui ai dit que j'avais toujours
été curieux de pisser sur cet étage. Elle a ri. Elle m'a demandé de ne pas le
faire sur le tapis.
Elle a un goût de pêche. C'est la première fois que je goûte ça. Après dix minutes, son odeur devient rance. C'est étrange comme chimie. Ses seins sont magnifiques et elle sait se servir d'une paire de lèvres. Rectification : des deux.
Antoine est rouge. Il est devant mon bureau en silence et se
contente de rougir.
- Je peux t'aider?
- En quelque sorte, oui.
- Comment?
- En gardant le silence.
Je me retourne vers mon écran et me remets à compiler des
chiffres. Je l'entends se payer un anévrisme nerveux derrière moi, mais me
contente de sourire. Le pouvoir a du bon. André succède à Antoine et n'est pas
aussi sympathique.
- Si tu parles, je te tue.
- Whooo...
- Je te tue, te viole, te re-tue.
- Tu crois que c'est possible?
- J'ai de l'imagination.
Je retourne à mon écran, mais n'y mets pas beaucoup
d'entrain. La mort a quelque chose de terrifiant, le viol aussi. L'ensemble est
aussi effrayant que la perspective d'un coït interrompu. Particulièrement s'il
est interrompu par une belle-mère qui arrive à l'improviste. J'imagine le pire,
c'est toujours rassurant.
Son nom est Silène. Je répète : "Sirène?". Elle me corrige: Silène, avec un seul "l". Elle profite de mon air dubitatif pour essuyer son visage. J'en ai mis partout. Elle veut m'offrir son string. J'accepte, fais mine de le humer, le fous dans mes poches, le jette en sortant de la pièce. Je n'ai aucune fibre fétichiste.
- Et toi, tu suces Antoine?
André est tétanisé par ma question. Je l'ai posée par pure
malice. Ok, la curiosité entre en ligne de compte. Je ne comprends pas tout à
fait.
- Non, pas plus que toi.
Je n'ai jamais sucé Antoine, ça ne me viendrait pas à
l'idée. Un clitoris oui, Antoine non. Il a réussi à m'y faire penser, je secoue
nerveusement la tête.
- Ça te dégoûte?
Silène m'assure qu'il n'y a rien de dégoûtant dans une fellation. Elle se propose de me le prouver sur le champ. Je refuse à regret. Je ne peux pas passer mon temps dans les toilettes de l'étage inférieur. Je ne peux surtout pas me faire voir en train de me faire sucer dans ces toilettes. Et je n'ose même pas imaginer Antoine ou André me surprenant jouissant. Même si c'était dans la bouche d'une femme.
L'ascenseur est étroit, trop étroit. Une affiche dit que
nous pouvons être quinze dans la cabine. Nous sommes trois et à l'étroit. Je
ferais n'importe quoi pour ne pas être coincé avec Antoine et André.
C'est un
hasard, je le sais, je l'espère.
La porte ouvre à l'étage inférieur. Silène entre.
André embrasse Silène sans subtilité, prend soin de bien
sortir la langue avant de l'enfoncer dans la bouche de l'intéressée. Il y a un
message à mon endroit.
Silène me regarde, inquiète.
Leurs secrets sont en sécurité avec moi.
Antoine nous annonce qu'il a mal au cœur.
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