lundi 25 mars 2013

Sexto à naître


- Sois toi-même.
- C'est à dire?
- Aucune règle, aucune limite ou censure.
- T'es certaine que tu t'adresses à la bonne personne?
- Certaine.

Elle aurait été devant moi, je l'aurais sans doute prise par la taille, lui aurait effleuré le cou en prétextant une mèche égarée. Ma main aurait été au-dessus des fesses, pressante. Elle aurait senti une érection naissante, aurait souri, ses yeux se seraient mis à briller. J'aurais profité d'un meuble quelconque, ou alors d'un mur, et lui aurait fait sentir qu'à jouer avec le feu on s'enflamme et que les braises offrent un teint rosi à pâlir d'envie. Malheureusement, on a beau avoir inventé la vidéoconférence, on en est encore loi de tout ça lorsqu'on se texte. 

Le progrès a-t-il tué la spontanéité pour, enfin, ériger le préliminaire en système?

J'enfonce les écouteurs dans mes oreilles. C'est approprié. C'est Jay Jay Johansson. Keep It a secret.


What you said to me
What you did to me
What you wanted me to do
What you said last night
When you came up tight
What was I supposed to do

Ce n'est pas un accident. Ce n'est pas le hasard. On ne s'est pas rencontrés dans une bibliothèque, au coin de la rue ou embarrassés par l'ambiance de mort d'une buanderie en pliant nos sous-vêtements. On se connaissait, on s'est apprécié, on a résisté le temps de ne pas vouloir le regretter un jour. 

Pensez à cette histoire de la pelouse toujours plus verte chez le voisin. Une fois les barrières franchies, quel intérêt à regarder derrière? On s'y roule, on se vautre dans l'herbe, on en profite en espérant que le voisin ne rentre pas trop tôt. 

Le courage ne nous manque plus lorsqu'on est lancé.

Une autre chanson. Ferré. Jolie môme.


T'as qu'un' source
Au milieu
Qu'éclabousse
Du bon dieu
Jolie môme
T'as qu'un' porte
En voil' blanc
Que l'on pousse
En chantant
Jolie môme

Sans réserve, pour peu qu'un verre soit servi, aucun problème avec ça. Sans pudeur, j'en ai peu, voire pas. Sans limites...

Tiens, sans l'écouter je cite encore Ferré : "Ce qu'il y a d'embêtant avec la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres". Moi, mes limites je les connais. Je les ai vues, de loin, y'a longtemps. Je ne suis pas certain que je pourrais encore les reconnaître si elles se présentaient à moi.


- Bonjour, moi c'est Tes limites.
- Ah?!
- Tu me reconnais?
- Désolé...
- On s'est croisé, il y a longtemps...
- Chez X.?
- Ben non! Tu ne te souviens vraiment pas de moi? Tu m'as pourtant déshabillée, caressée, pénétrée, usée, souillée...
- Ton nom encore?
- Tes limites.
- Ah non, il doit y avoir erreur. Ça ne ressemble pas à mon souvenir...

Des limites? Pas ou peu. De la retenue? Ah ça oui...

Parce qu'il n'y a rien de plus embêtant que les limites de l'autre. Sans retenue, ça appelle à l'expérimentation, à l'exploration, aux fantasmes, y'a du cuir, des liens, des gadgets, des successions de positions...

Sans règles? Sauf celles que je me suis données, bien sûr.

Pourquoi les seules femmes que je baise comme des bêtes sont celles que je ne respecte pas? Pourquoi je n'éjacule que sur les femmes de passage? Pourquoi il ne m'est jamais venu à l'idée de sodomiser une femme que j'aimais? Pourquoi les autres peuvent être souillées, barbouillées, laissées pantelantes et que seules les femmes aimées ont droit au supplice de la normalité? Pourquoi est-il plus facile d'être obscène lorsqu'on apprécie et que la pornographie se perd avec l'amour? Est-il incompatible de baiser et aimer? Suis-je normal?

Sans censure... ça, ça me plait.

Je la texte.

- Ok pour la censure, elle ne sera pas là. Au pire, tes oreilles vont mouiller.
- Chiche.

Dire une obscénité à l'oreille, c'est le dire là où ça compte. Le chuchoter plutôt que le crier. Gueuler "j'te baiserais, là, maintenant" est vulgaire. Le glisser, comme un aveu, les lèvres effleurant les cheveux, à l'insu de ceux qui nous entourent... c'est ça le sexe oral.


"Ma langue s'ennuie de ta chatte"
"Mes lèvres s'ennuient de tes seins"
"Il me semble que mes doigts seraient au chaud en toi"
"Tu me permets de te baiser?"
"Tu me suces ou je te baise ou on y va avec une succession, dans l'ordre ou pas?"
"Je vais jouir, tu vas me sucer pour me ranimer et je vais recommencer"
"Il est à quelle hauteur ton comptoir?"
"Tu viens dans la ruelle, un instant?"
"Tu vas t'étendre, te caresser et je vais te rejoindre quand je n'en pourrai plus"

L'impératif a du bon. Il faut être bref, imagé. Mais par-dessus tout, il faut en avoir envie.

- Quand?
- Quand tu veux ;)

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