- - Matthew?- Je passe.- Jeremy?- Passe.- Élodie?- Passe.- Judith?- Ok, j’y vais.- On t’écoute Judith.- Mon nom est Judith et je suis en sevrage.- BONJOUR JUDITH.- Voilà un mois, j’ai rencontré… un homme. Nous avons été au restaurant, nous avons pris un verre de trop et, comme il se doit, nous avons été au lit et croyez-moi, ce fut la nuit d’une vie. Du moins c’est ce que je croyais, jusqu’au lendemain matin, où il m’a offert le matin d’une vie, puis l’après-midi d’une vie, puis une deuxième soirée, encore meilleure que la première. Nous n’avons pas arrêté, deux semaines durant. Tous les jours, trois, quatre, cinq, voire six fois par jour. J’avais la peau irritée, les muqueuses à vif, la langue engourdie, des courbatures où je ne croyais pas qu’il était possible d’en avoir, mais j’étais heureuse. Jamais de ma vie je n’avais été aussi heureuse. Mon bonheur était collant, odorant, mais sans équivalent. Jamais je n’avais autant joui. Et j’en redemandais, encore et encore. Il était inépuisable. Sa queue était inépuisable. Elle était droite, ferme, bonne dans ma main, ma bouche, mon ventre… partout où elle s’insérait en moi. Je fusionnais nos corps dans une euphorie inconnue… j’ai… j’ai…- Tu peux continuer Judith, personne ici ne te juge.- J’ai fait des choses, des choses que je n’avais jamais voulu faire. Et j’ai aimé ça. J’ai aimé avoir mal. J’ai aimé violer les règles que j’avais apprises plus jeune. J’ai offert tout ce que je pouvais abandonner. Il pouvait faire de moi ce qu’il voulait: je lui appartenais. Malheureusement, la vie étant ce qu’elle est, nous avons dû nous séparer, un jour, un jour seulement. Il devait faire quelque chose, la chose important peu. Je suis restée chez moi, seule, et je n’ai pas pu résister. Je me suis masturbée. Masturbée comme je ne l’avais jamais fait. Je me suis inséré un vibrateur, en plus d’un doigt… et ma main entière s’est activée. Je me suis courbée, ai vibré, ai joui, mais ce n’était pas encore ça. J’ai eu peur. Et s’il ne revenait pas? Et si je ne connaissais plus jamais cet abandon? Il est revenu et ce soir-là je lui ai laissé me faire ce que je n’avais jamais osé. Et j’ai joui, enfin, comme je crois que toute femme devrait jouir. J’en avais sur les seins, dans le dos, dans le cul, entre les lèvres, dans les cheveux, sur mon visage. C’était visqueux, sec, selon. On a continué durant une semaine. Mes vacances y sont passées. J’ai même dû prendre quelques jours à mes frais. Puis, il est parti. Sans raison, comme ça, il est parti. Est-ce parce que je lui avais tout donné? Est-ce parce qu’il n’y avait rien de nouveau à faire? Est-ce qu’il s’est lassé de nos ébats? Je ne sais pas, mais c’est à ce moment que j’ai commencé à souffrir. J’avais du mal à dormir, ne pensant qu’à ce qui n’était plus. J’avais du mal à travailler, ne pensant qu’à ça. Je n’osais plus me toucher, sachant que je ne pouvais être assouvie. Peu à peu, la folie s’est imposée. Je suis devenue folle… jusqu’à ce que j’abdique et vienne ici…- Merci Judith pour ton témoignage. On reprend ça demain. Merci à tous.Épuisé, je souris tant que je peux, le temps que le groupe se disperse. J’en avais marre, étais écœuré par ces histoires de cul. Certains jours, l’abstinence me tente, par dérision. Cinq minutes de plus et je m’émasculais volontairement. Dire qu’il y a des gens qui ont des vrais problèmes et moi, moi j’ai hérité de ça. Je l’ai voulu, c’est vrai, mais est-ce qu’on peut vraiment cracher sur un job, à cette époque?Les couloirs sont longs, les sourires forcés. Pourquoi laissent-ils les « visiteurs » circuler dans les espaces communs? Pourquoi ne les enferment-ils pas? Pourquoi je dois supporter ça?Je passe devant le bureau central. Quelques infirmières y sont, je salue Annie, que je n’ai pas vue depuis longtemps, lui demande si elle veut prendre un café. Elle a un truc à faire, mais va me rejoindre à mon bureau.Je continue mon chemin, suis interrompu par un obsédé qui n’arrive pas à se faire à l’idée qu’il n’aura plus jamais une fellation comme celle-là, quelle qu’elle soit.Le soleil d’après-midi se faufile entre les lattes des persiennes et éclaire mon bureau d’une lumière chatoyante. Annie entre, pose une filière sur une chaise, ouvre sa blouse. Elle ne porte pas de petite culotte la vilaine. Elle geint lorsque je l’enfile.- J’en ai eu envie toute la journée.- Je n’en pouvais plus d’attendre.
dimanche 14 avril 2013
Le sevrage
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