lundi 1 avril 2013

Succomber à la tentation

"On peut résister à tout, sauf à la tentation" - Wilde

La tentation est à bout de lèvres, alors quoi de plus normal que de m'y être abandonné. Avais-je réellement le choix? Sommes-nous maîtres de nos pulsions? N'est-il pas normal de désirer, donc de posséder? Ne sommes-nous pas complices volontaires de cette société de consommation? La chair ne se consomme-t-elle pas comme le reste?

Chacune de ces questions est une réponse en soi. On n'y pense pas sur le fait, mais une fois que l'on a succombé la morale n'est que la fâcheuse habitude du regard extérieur.

Ces questions appellent pourtant une réponse, ne serait-ce parce que nous ne sommes jamais à l'abri de la tentation de récidive. Le fruit défendu, passé la première bouchée, ne perd en rien ses attraits, au contraire. Le goût se précise avec la redonne, sous le regard renouvelé la robe trouve de nouveaux reflets. L'objet du désir, défendu ou pas, gagne en volupté à la deuxième consommation, puis à la troisième et il n'est que la banalisation pour lui faire perdre tout intérêt.

Il faut donc combattre la banalisation, aussi nommée habitude.

Mais au lendemain d'avoir succombé, bien malheureux celui qui s'attarde à ces réflexions. Bien triste celui qui ne s'abandonne pas à la recherche de ce qui n'est plus. Le regret est pour les pauvres jouisseurs du dimanche. Les bons vivants, les exaltés, les hédonistes, les épicuriens cherchent, eux, à s'assurer de rien avoir oublié.

Quel était le parfum? Quel est l'ordre des gestes? Comment ai-je joui? Comment a-t-elle joui? Était-ce sobre ou voluptueux? Était-ce délirant ou ennuyant? Comment ai-je ressenti ce frisson sous la caresse? Quels étaient ses goûts? Ai-je regardé ses lèvres assez attentivement? Ai-je profité de son miel, de sa sueur, de ses mictions diverses? Ai-je fait tout ce que je pouvais faire? Ai-je donné ce que j'avais en moi? 

Ce questions restent, pour la plupart, sans réponse. D'où le renouveau de l'envie. 

Cette envie qui n'est plus originelle, mais acquise, grandissante. Cette envie qui veut connaître le bien, maintenant qu'elle a assumé le mal. Cette envie qui veut grandir, connaître ses limites, faire qui n'a été ET qui pourrait être. Cette envie qui fait parfois perdre la raison.

Mais la tentation gagne ses galons avec la patience, l'attente, l'anticipation. C'est dans l'imagination que se créent les fondations de la nouvelle expérience. On refait ce qui a été fait, on le parfait, on s'attarde aux faux pas, on contemple ses limites et on réfléchit à celles que l'on voudrait franchir. 

Au petit jour suivant l'abandon, on célèbre la tentation. On la remercie, le rouge aux joues. On lui fait une place de choix, on lui murmure des mots secrets. On voudrait le crier et c'est pourtant dans le silence qu'elle devient intenable. On désire que ce soit inhumain, difficile, voire douloureux. On veut plus, davantage, encore et encore.

On veut cette bouche, ce sexe, cette chair tout entière. On veut griffer, mordre, sucer, lécher, pénétrer, baiser cette peau qui nous hante.

Au lendemain de l'abandon, on ne souhaite qu'une chose : recommencer.

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