vendredi 5 avril 2013

Les feux artificiels


Je me demande si quelqu'un pourrait voir la chambre. Sans doute qu'avec de très bonnes jumelles ou un télescope ce serait possible, mais encore, il y a les questions d'angle, de luminosité, de réflexion des fenêtres et de savoir où chercher. Il faudrait vraiment être un malade pour y arriver.

Je décide de ne pas y penser.

Parce qu'il y a mieux à faire, elle sort de la salle de bain. Elle a les cheveux humides, son visage porte encore quelques traces de maquillage. Ce n'était pas une remise en beauté, c'était un rafraichissement.

- Ne me regarde pas comme ça.
- Comment?
- Comme ça, je suis laide.
- Tellement pas.
- Mes cheveux sont horribles.
- Je n'aurai pas peur de te dépeigner.
- J'ai du mascara partout sous les yeux.
- J'aime le négligé, ça sent la hâte.

Elle rougit. En fait, dans la pénombre je devine qu'elle rougie, ce sont ses gestes qui la trahissent, pas ses joues. Je suis appuyé contre la fenêtre qui couvre le mur de la chambre. Elle s'avance vers moi, regarde derrière moi les lumières qui se perdent à la ligne d'horizon.

- C'est comme un feu d'artifice figé dans le temps.
- Jolie image.
- Et toi? Qu'est-ce que tu vois?
- Que toi.

C'est vrai, je n'ai pas détaché les yeux d'elle durant son approche. Je l'admire dans sa nuisette trop courte pour être décente, je m'attarde à ses seins qui pointent au travers d'une étoffe trop mince pour que mes mains soient perdantes en se posant sur elle, je souris.

- Pourquoi tu souris?
- Parce que tu marches en croisant les jambes.
- Et?
- Et c'est un joli spectacle. J'aime tes jambes.
- Et le reste?
- Et le reste.

Elle est à portée de main, je l'agrippe et nous faisant faire une pirouette à 180°, c'est maintenant elle qui est dos à la fenêtre et moi contre elle.

- Là, je l'imagine le feu d'artifice. J'entends les explosions à venir.

Elle pose une main sur mon jeans, à la hauteur de mon sexe qui ne demande qu'à en sortir. C'est à croire qu'elle sait lui parler à cet animal, parce qu'elle défait ma ceinture, le bouton, la fermeture éclair pour que sa main puisse s'enfoncer à la rencontre du désir.

- Tu me veux?
- D'après toi?

Ma réponse n'est pas la bonne. La bonne réponse m'aurait conduit en elle. J'y vais toujours, mais différemment. Elle s'est laissé glisser contre la fenêtre et me voilà les deux mains appuyées pour ne pas perdre l'équilibre. Étrange sensation que d'être pratiquement dans le vide et m'enfoncer dans le plaisir entre ses lèvres.

Ça dure un instant, puis elle remonte. J'attrape sa cuisse, la fixe derrière mon dos. S'il y a voyeur avec de bonnes jumelles en bas, s'il sait où regarder, si l'angle, la pénombre, les reflets ne lui posent pas de problème, il a une vue imprenable sur son sexe et ses fesses. Puis sur mon sexe qui la pénètre. 

La deuxième cuisse vient se ficher dans mon dos. Elle ne tient plus à rien, elle est dans le vide au-dessus d'une nuit qui se perd à l'horizon. Elle est accrochée à mon sexe, à mon corps tout entier qui pousse pour être en elle, le plus profondément possible, le plus intensément possible. 

Elle m'arrête.

- Tu sais quoi? Je sens que les feux d'artifice ne resteront pas immobiles.

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