mardi 15 septembre 2009

VII.


Je me suis allumé une cigarette. Je crois qu’elle a peur, je crois que c’est ce qui déforme son regard. Je devrais peut-être enlever le bâillon, elle pourrait me dire ce qui ne va pas.

Je change de pièce, je la laisse seule, après tout, elle commence à en avoir l’habitude. Mon vice aux lèvres, je prends du recul, je me dis que vivre à deux ce n’est pas toujours moche. Je me demande si elle aurait besoin d’aller aux toilettes. Depuis combien de temps est-elle attachée? Je ne me souviens plus. Je lui reviens.

Elle suit des yeux la cigarette qui se promène dans l’air, au gré de mes mains tentant de lui parler. Elle ne m’écoute pas, je crois qu’elle a peur que j’aille encore plus loin que d’habitude, que j’éteigne ma cigarette sur sa peau. Ça ne me dérange pas qu’elle y pense, moi aussi j’y pensais, mais je n’étais pas certain de pouvoir supporter l’odeur de la chair qui crame, il parait que l’odeur est infecte. Et puis aussi, je ne sais pas trop si je devrais l’emmener ensuite voir un médecin pour qui lui donne une piqûre anti-quelque chose. C’est déjà mauvais quand on les fume, enfoncées dans la chair ça ne doit pas être rose. Pour toutes ces raisons, j’ai renoncé à cet extrême, il m’en reste tant d’autres.

**

Elle a tout payé, elle a insisté. Je n’ai pas vraiment résisté. Maintenant, avec le recul, je peux dire que j’aurais payé, ne serait-ce que pour les moments de tranquillité lorsqu’elle est liée aux montant du lit. Et cette poire-bâillon, ce truc génial qui l’empêche d’exiger, de demander quoi que ce soit, qui me permet de rester de longues heures à travailler, à faire des courses, à l’oublier complètement. Elle m’assure qu’elle n’a pas mal, ficelée de la sorte, avec ce truc dans la bouche. Une légère peine à déglutir et la mâchoire ankylosée après coup, sans plus.

Le commerçant a mis à notre disposition une pièce fermée, discrète, où elle a pu choisir différents accessoires, en les essayant. Des vibrateurs de différentes tailles, formes et même un modèle avec télécommande à distance, multi vitesse réglable au bout des doits, d’un petit cadran. Ça m’a rappelé une bande dessinée, Manara, le déclic.

Dildos, menottes de pieds, de mains, crèmes, lubrifiants, aphrodisiaques, dessous immangeables et mangeables, liens de cuir, martinets, fouets d’un mètre de long, de deux, pinces électrifiées, godes à deux têtes, tout y est passé. Quelques milliers de dollars d’accessoires. Passer le temps de façon originale.

Elle m’a même laissé choisir quelques bons pornos, des classiques et des récents, des bons et des mauvais, des sobres et des délurés. Par Internet, elle a commandé des vidéos amateurs, des culottes portées par des stars du porno, des ceintures de chastetés, des vidéos interdites par notre pays conservateur, des vidéos à lever le cœur.

Toute l’énergie qu’elle pouvait déployer à travailler, elle l’a transposé à faire de ma chambre un temple du sexe, toutes orientations et perversions confondues.

Ça m’inspirait, j’écrivais du soir au matin, en ne prenant des pauses que pour la faire manger à la petite cuillère, la débarbouiller un peu, lui faire boire, la changer de position, la hisser au plafond, au mur, l’attacher au lit, à une chaise, la ligoter sur le sol et parfois l’accompagner au petit coin, pisser sur elle.

Je jouissais peu, pratiquement plus. Je me suis habitué à une érection quasi perpétuelle, avec aucune envie de la soulager. Je me plaisais plus à lui insérer un vibrateur plus puissant, plus gros, à la voir jouir à répétition, jusqu’aux larmes, que d’éjaculer sur son visage ou sur ses seins. Je me le permettais parfois, mais son regard reconnaissant avait tôt fait de me décourager de le faire trop souvent, ça et le fait que mon sexe, après quelques jours, avait fini par me faire mal, peu familier des éjaculations répétitives.

**

- Encule-moi
- Non, pas maintenant.
- Encule-moi.
- Non, je n’en ai pas envie.
- BAISE-MOI!
- TA GUEULE, CHIENNE.

Ce film était plutôt mauvais, mais j’aimais réécouter cette scène. La fille suppliait à genoux, un pénis énorme devant le visage. Un pénis abominable en fait, par sa grosseur et sa couleur violacée, exagérée. L’actrice était bonne, on avait envie de lui donner la lune tellement qu’elle semblait réellement en manque, tant son désir semblait vrai, surtout devant l’horreur qui lui faisait face.

Elle était assise, sagement, nue, à mes côtés. Nous n’écoutions plus que des pornos.

Sa peau était marquée de longs traits rouges. J’avais testé le fouet pour la première fois, d’abord doucement, puis avec une rage nullement contenue. Au début, elle me disait d’y aller plus fort, puis elle a cessé de demander quoi que ce soit, tremblante entre les coups, criant et pleurant de reconnaissance à chaque impact. Elle n’était pas attachée, aurait pu arrêter quand elle voulait, mais était restée là, à recevoir le cuir sur sa peau, passant sa langue sur les marques fraîche, accessible, comme l’aurait fait une chatte. Je lui cinglais le corps de toutes mes forces et elle ne disait rien, en redemandait, attendait le prochain claquement avec un désir évident.

Je me suis arrêté lorsque j’ai vu la première goutte de sang. J’avais été trop loin, pour moi, pas pour elle. Son corps recroquevillé sur le lit s’est déplié lorsqu’elle a compris que j’avais cessé pour de bon. Je me suis déshabillé et pour une fois, lui ai fait l’amour. J’ai même joui en elle. Jouissance simultanée.

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