vendredi 3 juillet 2009

Sucker Mom



Elles arrivent haut perchées sur leurs talons aiguilles et leurs lingeries fines. Coiffées, maquillées, parfumées, elles s’assoient dans les gradins en prenant bien soin de ne pas froisser leurs jupes trop courtes, trop serrées, qui ne laissent que peu de place pour l’imagination. Elles applaudissent, sont enthousiastes, sans jamais perdre la tête, sans jamais montrer un mauvais jour.

Ils arrivent mâles, complets cravate, car ils reviennent du boulot, souliers vernis et langues bien pendues lorsqu’il s’agit de vilipender l’arbitre ou l’entraineur de l’équipe adverse. Ils sont armés du dernier cri de caméra vidéo et surtout de leurs appareils photo munis de canon énorme, symboles phalliques qui ne servent qu’accessoirement à croquer sur le vif leurs progénitures.

Les enfants jouent sur le terrain, se bousculent, se salissent, se donnent à fond pour impressionner les parents qui eux, de leur côté, tentent d’en mettre plein la vue aux autres spectateurs, autres parents en mal d’aventure ou de sport…

Bien entendu, il y a des parents en jeans, t-shirt, sans look et sans intention, mais ceux-là sont heureux en ménage et ne représente aucun intérêt.

Voilà qu’il pleut. La belle n’a pas d’ombrelle et se réfugie sous le parapluie bienveillant d’un père bien attentionné. Il fait froid, l’étoffe en fait foi et laisse poindre des pointes qui ne sont pas encore de désir, mais celui-ci ne saurait tarder. On se rapproche, pour éviter la pluie, pour couper le vent ou tout simplement parce qu’on en a envie. Paroles douces, démonstrations. Il se fait tendre, elle se fait forte. Elle engueule à son tour l’arbitre, il en rajoute, tout en soulignant d’un bon mot cette jolie force de caractère.

Il ne pleut plus, mais le parapluie reste ouvert, prétexte au rapprochement. Il passe un bras sur son dos, pour la réchauffer, elle dépose sa tête sur son épaule. Sur le terrain, l’innocence passe le temps. Des points sont marqués sur l’herbe et sur les gradins.

Il a une érection, ne s’en cache qu’à moitié, un peu gêné, elle est touchée et rigole, parce qu’elle est trempée et ce n’est pas à cause de la pluie. Elle a envie de lui, le prendrait là, maintenant, mais elle ne peut pas.

Il sort son cellulaire, elle y entre son numéro. La semaine prochaine, elle n’aura pas les enfants. Tiens, lui non plus. Elle lui tend son cellulaire, l’échange est complet.

Ce soir-là, les enfants couchés, elle ne peut résister et l’appelle. Justement, il pensait à elle. Il ne sait pas qu’elle a vidé la moitié d’une bouteille de vin et ne porte qu’une robe de chambre, ouverte largement pour qu’elle puisse glisser une main entre ses cuisses. Elle ne sait pas qu’il dit vrai : il tenait son sexe fermement en pensant à elle.

La semaine suivante, ils se voient, mais ne se parlent pas, ou peu. Ils n’ont envie que de leur corps. Ils se baisent, se lèchent, s’embrassent, se torturent, se pénètrent, glissent, mordent et recommencent. Le lendemain, ils répètent le manège. Puis, il ne répond pas. Passe un jour, puis un autre.

La semaine suivante…

Elles arrivent haut perchées sur leurs talons aiguilles et leurs lingeries fines. Ils sont armés de leurs appareils photos munis de canon énorme.

Il ne pleut pas, mais qu’importe, ce n’est qu’une chaise musicale.

Pour adultes.


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